Demain comment assurer les logiciels des automobiles ?

Allianz a annoncé récemment l'extension des garanties en matière d'assurance automobile, et désormais trois couvertures viennent compléter celles traditionnelles de l'assureur automobile:

  • La première couvre le vol sans effraction suite au piratage du système informatique ou électronique du véhicule.
  • La seconde est une assistance renforcée assurant le remorquage du véhicule jusqu'au garage doté des expertises suffisantes à la réparation de systèmes devenus très sophistiqués.
  • La dernière est proposée en option et prévoit l’assistance juridique en cas de piratage des données du véhicule ou de défaillance du système de guidage électronique ou autre cyber-risque automobile.

Si ces couvertures sont sans doute marginales, un peu "gadget" aujourd'hui, on peut saluer la volonté d’innover chez Allianz et y voir aussi un changement qualitatif en matière d'assurance des biens. Au-delà de la couverture des erreurs du conducteur, du dysfonctionnement d'une pièce mécanique ou du vol, ces nouvelles garanties s'adressent aux risques associés à une composante immatérielle, le logiciel d'aide à la conduite, composante de plus en plus déterminante dans les nouvelles automobiles. Ainsi et avant même que la voiture ne devienne autonome, on voit poindre la question des programmes embarqués, de leur fiabilité et de leur piratage.

Loin d'attendre que les voitures se conduisent toutes seules, voilà que la révolution de l'assurance automobile avance à pas feutrés. Car couvrir les programmes et leur piratage, c'est entrer dans un nouveau monde en matière de souscription.

D'abord évidemment parce que les historiques ne sont pas encore au rendez vous. Il s'agit d'un risque nouveau et il s'agit d'inventer comment le prendre en compte.
Ensuite parce qu'il ne s'agit plus de l'appréciation de la seule histoire du conducteur, l'ancienneté de son permis ou la puissance de sa voiture.

Il ne sert donc à rien d'imaginer ou d'attendre "le Big bang" de l'assurance auto qu'engendrerait la voiture autonome. Dès aujourd'hui la révolution se met en place silencieusement et requiert de nouvelles compétences et de nouvelles approches.

Cette révolution change aussi la nature même de la sinistralité. Au sinistre fréquent et individuel (bris, vol, dommage matériel) ponctué de sinistres sévères (corporels graves) s'ajoutera dans un premier temps le sinistre "sériel" voire systémique lié à un défaut du système. Progressivement l'amélioration de sinistralité liée au programme sera remplacée par le risque de sinistre peu fréquent mais catastrophique. La découverte d'un point faible par un pirate permettra le vol en série… Et le défaut pourra concerner toutes les voitures d'un même groupe de la plus petite à la plus puissante.

Comment les assureurs et les pouvoirs publics répondront ils à cette nouvelle structure de sinistralité. La question reste ouverte et dépend largement de l'appréciation de la notion de responsabilité.

  • Préféreront ils une responsabilité directement attribuée au logiciel et une couverture de type « assurance industrielle » au niveau du constructeur ?
  • Préféreront ils, à l'image des garanties aujourd'hui proposées, laisser cette responsabilité « sans faute » mais attachée au conducteur et à l'assurance de chaque véhicule ?

La première solution semble cartésienne elle porte toutefois en elle une concentration du risque sur un nombre limité d'acteur, créant par la même un risque systémique. Elle est malheureusement souvent dans l'air du temps comme en témoigne la mise en place de réglementations favorisant systématiquement la concentration des acteurs.
La seconde, moins logique, permet toutefois un meilleure dispersion des risques. Espérons que le marché suivra cette voie plus modeste et créera les conditions d'un système « antifragile ».