Flat Tax et assurance vie : Le principe directeur de l’étatisme est la substitution de la fiscalité à la mutualité.

Les gouvernements se succèdent mais le refrain reste le même : taxer toujours plus l’epargne. Cette fois ci et pour faire plus moderne la taxation s’appelle « flax Tax ». Et cette flat Tax qui doit alléger la taxation de l’épargne en général, se traduira en fait par une taxation accrue du placement préféré des français : l’Assurance vie…

Nous ne détaillerons pas ici les problèmes pratiques que cette taxe appliquée à l’assurance ne manquera pas de créer. Il eut été trop simple de faire une vraie « flat Tax » appliquée à tout de manière égale… avant même d’être définitivement adoptée, elle ressemble de plus en plus aux usines à gaz dont les gouvernants français raffolent. On renverra à l’article très complet de Mireille Weinberg/Cyrille Lachèvre dans l’Opinion sur ce sujet(1).

Nous évoquerons plutôt ici l’inspiration profondément socialiste de la taxation de plus en plus forte de l’assurance vie et comment elle en transforme fondamentalement les équilibres économiques de l’assurance vie au risque de la détruire.

On oublie régulièrement que l’assurance vie n’est pas un simple compte d’épargne mais un contrat entre le client et l’assureur créant une mutualité, sous le contrôle de l’assureur qui en est le garant. La mutualité est le maître mot de l’assurance, hors mutualité point d’assurance. Et cette mutualité n’est pas seulement présente dans les contrats de mortalité mais aussi dans les contrats en euros. Elle s’y exprime au travers de la participation au bénéfice.

Ce mécanisme relativement complexe permet d’organiser la mutualité entre générations d’assurés. Loin de recevoir une rémunération de son épargne l’assuré reçoit une part mutualisée des fruits des placements de l’assureur. Ce qui permet aux assurances de remplir deux promesses importantes : la garantie des sommes investies et le lissage au fil du temps des performances.

Mais cette mutualité suppose que l’assureur garde un plein contrôle sur la plus grande part possible des revenus des sommes investies. Plus la fiscalité s’alourdit sur les revenus et plus l’assureur aura du mal à réaliser ce qu’il a réussi à faire si bien jusqu’à aujourd’hui : garantir les sommes déposées et réaliser une gestion à long terme des rendements. Le mécanisme de report de l’attribution de la participation aux bénéfices sur huit ans, élément stabilisateur, se trouvera demain mécaniquement amputé de 30% des intérêts générés.

On peut imaginer (sous réserve de connaître le dispositif définitif) que ce sont près de 10 milliard qui disparaîtront chaque année des capacités de gestion à long terme des assureurs (et des poches des assurés). Comme l’a dit Guyot : « Le principe directeur du socialisme est la substitution de l’Etat au contrat »(2).

Aujourd’hui on peut aussi dire que « Le principe directeur de l’étatisme est la substitution de la fiscalité à la mutualité » en matière d’assurance(3). Cet éternel recours aux recettes étatistes augure mal de la « start-up nation » évoquée par certains…

(1) http://www.lopinion.fr/edition/economie/quatre-nuages-qui-planent-l-assurance-vie-132052

(2) voir à ce sujet mon blog https://assureurope.net/2016/12/17/loi-sapin-2-le-principe-directeur-du-socialisme-est-la-substitution-de-letat-au-contrat/

(3) en ce qui concerne l’application de ce principe à l’assurance santé il est intéressant de suivre le blog d’Eric Verhaeghe http://www.entreprise.news

Demain comment assurer les logiciels des automobiles ?

Allianz a annoncé récemment l'extension des garanties en matière d'assurance automobile, et désormais trois couvertures viennent compléter celles traditionnelles de l'assureur automobile:

  • La première couvre le vol sans effraction suite au piratage du système informatique ou électronique du véhicule.
  • La seconde est une assistance renforcée assurant le remorquage du véhicule jusqu'au garage doté des expertises suffisantes à la réparation de systèmes devenus très sophistiqués.
  • La dernière est proposée en option et prévoit l’assistance juridique en cas de piratage des données du véhicule ou de défaillance du système de guidage électronique ou autre cyber-risque automobile.

Si ces couvertures sont sans doute marginales, un peu "gadget" aujourd'hui, on peut saluer la volonté d’innover chez Allianz et y voir aussi un changement qualitatif en matière d'assurance des biens. Au-delà de la couverture des erreurs du conducteur, du dysfonctionnement d'une pièce mécanique ou du vol, ces nouvelles garanties s'adressent aux risques associés à une composante immatérielle, le logiciel d'aide à la conduite, composante de plus en plus déterminante dans les nouvelles automobiles. Ainsi et avant même que la voiture ne devienne autonome, on voit poindre la question des programmes embarqués, de leur fiabilité et de leur piratage.

Loin d'attendre que les voitures se conduisent toutes seules, voilà que la révolution de l'assurance automobile avance à pas feutrés. Car couvrir les programmes et leur piratage, c'est entrer dans un nouveau monde en matière de souscription.

D'abord évidemment parce que les historiques ne sont pas encore au rendez vous. Il s'agit d'un risque nouveau et il s'agit d'inventer comment le prendre en compte.
Ensuite parce qu'il ne s'agit plus de l'appréciation de la seule histoire du conducteur, l'ancienneté de son permis ou la puissance de sa voiture.

Il ne sert donc à rien d'imaginer ou d'attendre "le Big bang" de l'assurance auto qu'engendrerait la voiture autonome. Dès aujourd'hui la révolution se met en place silencieusement et requiert de nouvelles compétences et de nouvelles approches.

Cette révolution change aussi la nature même de la sinistralité. Au sinistre fréquent et individuel (bris, vol, dommage matériel) ponctué de sinistres sévères (corporels graves) s'ajoutera dans un premier temps le sinistre "sériel" voire systémique lié à un défaut du système. Progressivement l'amélioration de sinistralité liée au programme sera remplacée par le risque de sinistre peu fréquent mais catastrophique. La découverte d'un point faible par un pirate permettra le vol en série… Et le défaut pourra concerner toutes les voitures d'un même groupe de la plus petite à la plus puissante.

Comment les assureurs et les pouvoirs publics répondront ils à cette nouvelle structure de sinistralité. La question reste ouverte et dépend largement de l'appréciation de la notion de responsabilité.

  • Préféreront ils une responsabilité directement attribuée au logiciel et une couverture de type « assurance industrielle » au niveau du constructeur ?
  • Préféreront ils, à l'image des garanties aujourd'hui proposées, laisser cette responsabilité « sans faute » mais attachée au conducteur et à l'assurance de chaque véhicule ?

La première solution semble cartésienne elle porte toutefois en elle une concentration du risque sur un nombre limité d'acteur, créant par la même un risque systémique. Elle est malheureusement souvent dans l'air du temps comme en témoigne la mise en place de réglementations favorisant systématiquement la concentration des acteurs.
La seconde, moins logique, permet toutefois un meilleure dispersion des risques. Espérons que le marché suivra cette voie plus modeste et créera les conditions d'un système « antifragile ».

Quand le quantitative easing s’invite à Monte Carlo

Ceci est la reprise d'un article dans l'Agefi du 17/09/2014 toujours d'actualité. 

Comme tous les ans en septembre les réassureurs se sont réunis à Monte Carlo. Une nouvelle tendance occupe les esprits et sert de toile de fonds aux discussions, la croissance rapide des ILS (insurance linked Securities) et la baisse des prix qui en résulte.
Les ILS : quand les marchés financiers bousculent les réassureurs.
Ces ILS sont des produits financiers dont le rendement dépend d'un événement non financier (une catastrophe naturelle ou une dérive de mortalité par exemple). En l'absence d'événement les investisseurs obtiennent un rendement maximal. En cas d'événement les investisseurs perdent tout ou partie des intérêts, voire du capital. 
Ces ILS offrent, selon leurs vendeurs deux avantages importants :

leur rendement n'est pas corrélé avec celui des marchés financiers dans la mesure où les événements qui impactent le rendement sont des événements non financiers.

Ils offrent des taux d'intérêts supérieurs à ceux des marches financiers, particulièrement dans une période de rendements faibles. 

Ces concurrents directs des réassureurs sont parfois décrits par ces derniers comme des véhicules opportunistes, qui vendent à des investisseurs naïfs auxquels on a caché la réalité des risques qu'ils prennent. En un mot et selon le célèbre adage de Detoeuf : concurrent = margoulin…
Certains réassureurs attendent d'ailleurs l'instant où une catastrophe révélera l'ampleur de la "supercherie" aux investisseurs. Comme l'a dit la semaine dernière à ce sujet John Nelson, président des Lloyds, "Insurance, of course, can be a dangerous business for those who do not understand it."
M. Nelson y voit aussi l'introduction dans l'industrie de l'assurance d'un risque sérieux de contrepartie : "Some of the structures being used could undermine some of the qualities of the insurance model, which provides a secure and reliable risk transfer market for specialist risk – and indeed the reliable payment of claims,".
Il a sans doute raison mais, pour le moment, les ILS sont là et bien là et de l'avis de nombreux acteurs leur poids augmentera dans les années à venir. 
Je le pense aussi dans la mesure où la croissance des ILS trouve pour partie ses sources dans les politiques des banquiers centraux. L'argent qui se place dans les ILS, c'est cette monnaie surabondante créée par la Fed et la BCE. Une masse monétaire qui ne trouve plus assez de débouchés ou de rendement dans l'économie réelle ou dans le financement des états, et qui, après quelques tours, finit par aboutir dans l'assurance et la réassurance. Les ILS sont pour partie filles du quantitative easing et de ces conséquences : abondance de masse monétaire et faibles rendements financiers induits.
Ce nouveau phénomène change profondément le modèle de la réassurance.

Un nouveau business model pour la réassurance ? 
Le précédent modèle était rythmé par les catastrophes : les tarifs augmentaient suite à une catastrophe, permettant à de nouveaux acteurs de rassembler et d'engager des capitaux grâce aux marges restaurées, connaissaient une stabilisation puis une baisse jusqu'à la catastrophe suivante. 
Le nouveau cycle fait jouer un rôle majeurs aux rendements. Au cycle "de la catastrophe" semble s'être substitué un autre cycle fondé sur la "rentabilité des actifs" : faible taux de rendement sur le marché financier, en conséquence augmentation des marges techniques par les réassureurs, arrivée de nouveaux capitaux attirés à la fois par les marges en hausse et par la recherche de rentabilité. Ce cycle diminue l'importance des catastrophes dans la régulation des prix : un courtier s'étonnait récemment devant moi de la vitesse à laquelle les effets de Sandy (inondations de NY en octobre 2012) sur les marges s'étaient estompés et avaient été oubliés dès le renouvellement d'avril.
Ce cycle s'inverserait évidemment en cas de hausse des taux. Mais l'abondance entretenue par le QE rend peu probable la hausse des taux. 

Pour les réassureurs traditionnels la nouvelle équation n'est pas simple à gérer : les taux faibles imposent désormais une double charge à leurs comptes d'exploitation en diminuant leurs produits financiers d'une part et leurs marges du fait de la concurrence des ILS de l'autre.
Les assureurs, quant à eux, peuvent y gagner des prix moins élevés ainsi qu'une augmentation significative des capacités à leur disposition.

Qu’est ce qui pousse les réassureurs à devenir assureurs ?

Dire de l'industrie de l'assurance et de la réassurance qu'elle se cherche est peu dire. Nous avons vu dans un article précédent qu'elle ne savait plus quoi faire de son capital et voulait le rendre à ses actionnaires faute de pouvoir l'utiliser (voir communauté agefi du 20/03/2017). Voilà maintenant que Swiss Re annonce sa volonté d'aller toujours plus au contact direct, à faire toujours plus d'assurance directe selon le terme des réassureurs.
Non seulement Swiss Ré ne sait plus quoi faire de son capital et le rembourse à ses actionnaires mais il cherche aussi à remplacer le middleman, l'intermédiaire entre lui et le client, l'assureur, voire l'agent ou le courtier… Les deux volets de ces stratégies des réassureurs ont, je pense, en commun une erreur en matière d'objectifs de rentabilité des opérations.

Nous avons vu dans un article précédent les raisons du rachat d'action par les réassureurs. Les réassureurs ne veulent plus de capital car il est abondant du fait de la politique des banques centrales et rapporte donc peu. Comme leurs objectifs de rendement n'ont pas changé, le nombre de projets qui "en valent la peine" a fondu comme neige au soleil.

Pour rentabiliser le capital qu'il leur reste ou qui leur restera les réassureurs essaient désormais une autre voie : l'élimination du middle man, de l'intermédiaire pour aller au contact direct du client et du risque. Cette idée mélange allègrement foi du charbonnier et thèmes "à la mode". 
Les thèmes à la mode c'est évidemment l'insurtech, la fintech, le bitcoin, la blockchain, l'intelligence artificielle et j'en passe dans lesquels les réassureurs comme les assureurs ont entrepris d'investir… nous en reparlerons une autre fois. 
La foi du charbonnier c'est la conviction que le réassureur est à même de remplacer le middle man qu'est l'assureur, et la sous-estimation du rôle et du travail que fait ce dernier.
Etre assureur ce n'est pas être réassureur, ceux qui ont fait les deux métiers le savent bien. Le réassureur ne sait et ne peut pas gérer. Son modèle économique est celui d'un gestionnaire de capital, qui "de minimis non curat". Les lois locales, la gestion individuelle des sinistres, la collecte des primes, la comptabilisation des opérations selon des impératifs fiscaux locaux ne sont pas sa spécialité. Son modèle doit fournir du capital au meilleur coût, ce qui l'a toujours poussé à déléguer les actes élémentaires de gestion à des middleman, les assureurs. Vus de certains états majors il s'agit là de détails mineurs. 

De plus la sagesse historique des réassureurs les a conduit à ne confier si possible leur destin qu'à des middle men avec du "skin in the game". L'assureur prend une part du risque et c'est une condition nécessaire pour garantir le follow the fortune et la convergence des intérêts entre les deux acteurs, garantie d'une gestion diligente du risque.
En un mot l'abondance de monnaie entraîne une baisse artificielle des rendements, qui fausse la mesure de la rentabilité, poussent de nouveaux acteurs dans une industrie qu'ils ignorent et poussent les acteurs en place à assumer des rôles qu'ils méconnaissent. A la fin de influence malfaisante de l'émission monétaire, si bien décrite par Mises et les économistes autrichiens, une industrie où chacun désire faire, sans le connaître, le travail de l'autre…

Pourquoi les (ré)assureurs veulent-ils rendre du capital à leurs actionnaires ?

coins-1726618_640Après Munich Re , c’est maintenant Swiss Re qui annonce sa volonté de rendre du cash aux actionnaires faute d’opportunités d’investissement. Et ce phénomène ne concerne pas que les réassureurs, les assureurs aussi, à l’image récente de Allianz , parlent de racheter des actions faute de savoir comment utiliser ce capital excédentaire.

Doit on en conclure que le marché de l’assurance est totalement saturé? Qu’il n’y a plus rien à vendre aux clients ? Que ceux ci sont si bien couverts que désormais rien ne peut leur arriver pour lequel ils ne soient protégés ?

Ceux là même qui remboursent leurs actionnaires n’en semblent pas convaincus et Swiss Re continue à étudier année après année le « protection gap » qui montre que la distance est grande entre les besoins et la couverture en matière d’assurance de personnes . En matière d’assurance de dommages, chaque catastrophe montre le faible rôle joué par les assureurs dans la facture finale .

Si les marchés sont loin d’être saturés, pourquoi ce défaitisme, cette apparente résignation, cette absence de volonté de croître ? Les causes en sont sans doute multiples et attardons nous sur quelques unes seulement sans prétendre à l’exhaustivité.

D’abord et sans doute il y a le recul du métier d’assureur. Ceux qui ont officié dans cette industrie depuis de nombreuses années ont pu constater le remplacement de la logique des assureurs par celle des « financiers », avec un goût marqué pour la performance de court terme.

Or rares sont les marchés d’assurance qui peuvent se satisfaire du court terme. Comment offrir des produits dont l’objet est la couverture de risques à long terme (santé, retraite, dependance) avec l’œil rivé sur les résultats trimestriels ? Aucune chance évidemment d’y parvenir. Un tel strabisme condamne donc à n’opérer que dans un champs très limité (assurance short tail). Et encore dans ce domaine, le court termisme conduit à réaliser en permanence des entrées sorties qui finissent par rendre les clients infidèles au risque que la situation ne devienne ingérable. Avec la progression du court-termisme dans les entreprises d’assurance, il est probable que seules les mutuelles auront bientôt encore la capacité d’assurer (si elles ne succombent pas aux sirènes des « financiers »).

La deuxième cause, et on ne le répètera jamais assez, c’est la folle politique des banquiers centraux et leur injection massive de liquidité. Celle ci a faussé la mesure du risque et des rendements. Cela ne serait rien si la logique financière qui a remplacé celle de l’assurance n’avaient retenu, comme dans la banque, des primes de risques irréalistes pour évaluer les investissement. Certains parlent ainsi encore de rentabilité de 10% au dessus de l’actif sans risque, illustrant leur incompréhension de l’univers des risques et de leur mesure. Ce faisant ils ont condamné des pans entiers de leur activité qui ne peuvent évidemment, ni à court ni à long terme, offrir bien plus que 2 à 3 % au dessus de l’actif sans risque.

Du fait de ces analyses, les assureurs ont renoncé à couvrir des marchés gigantesques. Ils sont entrés dans l’époque de la mort lente, mort qui en assurance se nomme run-off et qui est d’autant plus agréable qu’elle est adoucie par les profits que tout run-off génère.
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1 https://www.munichre.com/en/media-relations/publications/press-releases/2017/2017-03-15-press-release/index.html
2 http://www.swissre.com/media/news_releases/nr_20170316_agm.html
3 https://www.allianz.com/en/investor_relations/announcements/ir_announcements/170216a.html/
4 http://media.swissre.com/documents/Mortality%20protection%20Gap_%20Asia%20Pacific%20-%20FINAL.pdf
5 http://www.swissre.com/media/news_releases/The_USD_13_trillion_disaster_protection_gap.html
6 En effet ces remboursements d’action ont lieu sur fonds de résultats tout à fait acceptables.

Loi Sapin 2 : « Le principe directeur du socialisme est la substitution de l’Etat au contrat »

book-1659717_640Ça y est, la loi Sapin2 a passé la censure du conseil constitutionnel qui n’a rien trouvé à redire aux dispositions concernant les pouvoirs du Haut Conseil à la Stabilité financière en matière de taux et de faculté de rachat pour l’assurance vie.

Ainsi la loi Sapin 2 introduit dans le dispositif législatif français le fait que :
Une autorité administrative puisse fixer un taux maximum de rémunération d’un contrat d’assurance vie.
Cette même autorité puisse suspendre en cas de crise le rachat des contrats en assurance vie.

Nous avions déjà dit dans ces mêmes colonnes que ces mesures sonnaient le glas de Solvabilité 2, nous pouvons le redire!

Mais la loi Sapin 2 ça n’est pas que la mise en cause de solvabilité 2, c’est aussi une représentation du monde financier fondée sur le mépris des mécanismes de marché.

Cette représentation repose sur l’idée que les forces du marché sont imparfaites et ne permettent pas au marché financier de s’auto-réguler. C’est d’ailleurs une « self fullfilling prophecy » : plus on réglemente et moins le système peut s’auto-réguler. Pour répondre à cette imperfection savamment créée il n’y a qu’une solution : des règles nombreuses et variées, voire contradictoires (sans oublier l’émission monétaire mais c’est une autre histoire). Au libre jeu du marché, il suffit de substituer quelques règles savantes et confuses interprétées par des sages (Hauts Comités en tout genre et Conseils de banques centrales).

Ronald Reagan nous avait déjà prévenu que la comédie de l’intervention de l’état en matière économique se joue en 3 actes : « Government’s view of the economy could be summed up in a few short phrases: If it moves, tax it. If it keeps moving, regulate it. And if it stops moving, subsidize it »

Les gouvernements français se sont livrés à ce « jeu » dangereux depuis un moment en matière d’assurance.

La taxation progressive de l’assurance vie, en particulier en matière de droits de succession, a constitué la première étape pour ralentir une industrie qui « bougeait » beaucoup.

Faute de l’avoir tuée tout de suite grâce aux mesures fiscales, le gouvernement, avec l’aide d’une commission européenne complètement désaxée depuis l’ère Delors a recouru à l’arme de la réglementation.

Maintenant que les deux premières phases ont fait leur oeuvre et que les compagnies se meuvent avec difficulté, il s’agit d’aider les acteurs en place à garder leur rente de situation.

Faute de moyens financiers, le ministre Sapin a du innover. Plutôt que de subventionner, il a préféré, nolens volens, offrir une prime aux acteurs en place sous forme de nouveaux pouvoirs consentis à la haute autorité de stabilité financière. Il ne fait en cela que suivre la célèbre phrase de Yves Guyot : « Le principe directeur du socialisme est la substitution de l’Etat au contrat ».

Qu’on ne s’y trompe donc pas, par cette substitution, on pourra augmenter les marges des assureurs au détriment des assurés grâce à deux mécanismes : la limitation des taux servis par le marché, et la suspension de la faculté de rachat.

Économie : Et si on écoutait un peu les assureurs ?

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Le 8 août 2016, dans un mouvement marqué par l’ignorance et le manque d’imagination qui président à la politique monétaire de tous les pays depuis près de 20 ans, la Banque d’Angleterre a procédé à un rachat massif d’obligation. Cette solution empoisonnée et éculée n’a pas produit les résultats escomptés et la Banque n’a pas réussi à acheter le montant de 1,7bn de livres qu’elle avait fixé. Parmi les causes de cet échec, le refus des fonds de pension de porter à la Banque leurs obligations.

L’attitude des fonds de pension est aisément compréhensible. Pourquoi vendre des obligations ancienne fournissant des flux de cash élevés pour obtenir des liquidités inutiles dans le cas de garanties à long terme ? Se dessaisir de ces flux nécessaires serait irresponsable et contraire à une gestion de bon père de famille. En un mot pourquoi obéir à des opportunités de court terme quand on a des obligations à long terme ?

Cet incident révèle cependant une réalité grave pour l’ensemble des économies occidentales, l’incapacité des banquiers en général et des banquiers centraux en particulier à saisir la nature même du monde moderne.

Depuis près de 15 ans les banquiers n’ont cessé de convaincre les hommes politiques du bien fondé des solutions de court terme qu’ils présentent comme des panacées. Au premier rang desquelles figurent la manipulation des taux et de la masse monétaire. Mais les langues se délient et on commence à dire tout haut ce que l’on a toujours su : la création monétaire n’est pas bonne pour l’économie et pour les citoyens. La création monétaire est une manipulation de la monnaie et au fond il n’y a pas beaucoup de différence entre les rois qui rognaient les pièces et Greenspan, Bernanke ou Draghi.

Qui plus est, ces méthodes, marquées au coin du court-termisme ne correspondent pas à la nature des économies modernes. C’est ce que le refus des fonds de pension d’apporter leurs obligations illustre bien. Pour eux comme pour les États modernes, les engagements de long terme l’emportent largement sur ceux de court terme. Ils doivent garantir les engagements de retraite, devoir auquel s’ajoute pour les États la garantie des prestations de santé.

Les économies occidentales qui ressemblaient plus à des banques jusqu’à la première moitié du vingtième siècle sont désormais semblables à des assureurs, chargées d’obligation de long terme vis à vis des citoyens. Et les techniques dont elles ont besoin sont plus celles de l’assureur que du banquier. La retraite tout autant que la santé sont des risques qui se gèrent à long terme.

Loin de poursuivre des politiques inspirées par les banquiers, centraux ou non, de régler de plus en plus l’assurance selon des principes bancaires[1], les hommes politiques feraient mieux d’écouter un peu plus les assureurs. Le signal qu’ont envoyé les fonds de pension britannique doit leur apprendre que les techniques de l’assurance doivent remplacer celles de la banque.

[1] dont chacun a pu mesurer l’efficacité au cours des 15 dernières années.

Retraite: les réassureurs des fonds de pension ont-ils une formule magique ?

On attribué à tort ou à raison à Brecht la phrase : "là où la prière ne peut plus l'assurance peut encore". Il semble qu'aujourd'hui avec la longévité on en soit arrivé à "là où l'assurance ne peut plus la réassurance peut encore."
Depuis la crise la situation des fonds de pension semble de plus en plus simple à saisir : trop d'engagement et pas assez d'actifs et de rendements pour y faire face. La situation est particulièrement difficile pour les régimes dits à prestations définies mais les régimes à cotisation définies n'y échappent pas non plus.

Les chiffres sont vertigineux, et les actifs manquants se chiffrent en milliard d'euros, dollars, livres etc…

Devant cette situation les pouvoirs publics appliquent un peu partout la même politique, celle bien connue de l'autruche qui est de loin leur politique favorite ; et après que l'on eut décortiqué les savants aphorismes derrière lesquels ils camouflent leurs attitudes on en revient dans tous les domaines à cette triste vérité que le "kick the can down the road" leur sert d'horizon indépassable. On aurait pu attendre des opérateurs privés un peu plus de responsabilité. En fait pas vraiment.

La première phase de la manœuvre a consisté pour eux à cacher l'absence de financement nécessaires derrière les hypothèses actuarielles : faire semblant que les rendements des actifs seront à long terme au delà de 4 pour cent offre le double avantage que dans le long terme nous seront tous morts et abaisse sensiblement l'addition. La deuxième phase consiste à refuser toute mesure un tant soit peu contraignante à court terme. Le refus de solvabilité 2 sous des prétextes divers et variés a permis d'éviter une contrainte de fer qui eut obligé à une recapitalisation rapide des fonds que les entreprises (les sponsors) n'étaient pas prêtes à accepter.

L'ultime étape consiste à s'en remettre à la reassurance pour combler les insuffisances et là on reste un peu interdit, car par quel miracle les réassureurs sont ils en mesure de compenser les trillions absents de la caisse? (On remarquera cependant et pour être complets que les reassureurs dits professionnels participent modérément à ce marché plutôt occupé par de nouveaux opérateurs)

Comment diable ces opérateurs sont ils capables de transformer le plomb des engagements du passé en or du présent ? Comment faire alors que les bases statistiques sur l'espérance de vie futures des générations actuelles sont encore limitées ?

La clé réside peut être dans ce qui est devenu une pratique habituelle du monde financier et qui a été décrite par Warren Buffet dans un rapport annuel de 1997 décrivant les risques des marchés d'assurance catastrophes : "When the stakes are high, an expert can invariably be found who will affirm — to return to our example (the odds of throwing a 12 with a pair of dice) — that the chance of rolling a 12 is not 1 in 36, but more like 1 in 100. (In fairness, we should add that the expert will probably believe that his odds are correct, a fact that makes him less reprehensible — but more dangerous.)"

Sur base de ces expertises, des milliard de réserves ont été transférées en 2015. Au nom de ces expertises on continue à transférer les retraites à venir des membres des fonds de pension. A court terme tout le monde y trouve son compte, États, sponsors et gestionnaires des fonds qui se débarrassent d'un problème, réassureurs qui augmentent leur chiffre d'affaire. A long terme on peut en douter.

Que restera-t-il de Solvabilité 2 après la loi Sapin 2?

Solvabilité 2 a-t-il pris un sérieux coup de vieux le 10 juin pour les assureurs vie ?

C’est le jour où l’Assemblée Nationale a adopté en première lecture un amendement à la Loi dite Sapin 2 qui dit : « (le haut conseil pour la stabilité financière) peut, sur proposition du gouverneur de la Banque de France, président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, moduler les règles de constitution et de reprise de la provision pour participation aux bénéfices pour les personnes mentionnées aux 1°, 3° et 5° du B du I de l’article L. 612‑2 ou une partie d’entre elles ; ».

Ainsi un organisme externe à l’entreprise peut décider la modulation des règles de dotation, reprise sur la réserve de Participation aux bénéfices. Et ce pouvoir est particulièrement large puisqu’il couvre aussi bien des cas individuels (une partie d’entre elles) que l’ensemble du marché.

Je n’insisterai pas ici sur l’intérêt relatif d’ajouter encore un acteur au contrôle des compagnies d’assurance[1], je parlerai donc plutôt des principes de solvabilité 2.

Car solvabilité 2, au delà des débats concernant les calculs de l’exigence de capital dite pilier 1, repose avant tout sur une philosophie de la responsabilité des dirigeants (et aussi de l’ensemble des personnels) des entreprises d’assurance.

Pour faire simple on peut dire que solvabilité 2 est basée sur les idées suivantes :

  • Les compagnies d’assurance sont administrées par des directeurs et des administrateurs « compétents et intègres » (fit and proper),
  • Qui connaissent les risques qu’ils font prendre à leur entreprise,
  • Tant à court terme (calcul du pilier1) qu’à plus long terme grâce à l’ORSA,
  • Et sont capables de prendre les decisions qui s’imposent pour remédier à ou pour éviter des conséquences négatives. Ce sont les « management actions » parfois modélisées dans les modèles internes.

On peut légitimement se demander ce qu’il restera de cette philosophie si l’amendement adopté en première lecture prospère ?

On aura alors ébranlé l’idée qu’un marché est un ensemble d’opérateurs aussi compétents que possible soumis à un contrôle individuel et dotés d’une éthique de responsabilité personnelle.

On y aura substitué une vision du monde où le « macro » serait autre chose que la rencontre des des intérêts privées. Et ce macro serait lu par des sages avec plus de clairvoyance que les opérateurs eux-mêmes au nom d’un intérêt général toujours mal defini[2].

On aura enfin favorisé une philosophie de management fondée sur « l’important n’est pas de ne pas faire d’erreurs, c’est de faire les mêmes que les autres. Si ça va mal, ça ira mal pour tout le monde et l’Etat prendra les mesures qui s’imposent. »

A l’heure où on commence à se demander si les banques centrales, sur la base de cette vision « macro », n’ont pas été et ne sont pas encore les responsables d’une crise qui n’en finit pas, ce serait catastrophique[3]. Et comme tous les économistes savent que la mauvaise monnaie chasse la bonne, il faut toujours craindre que les mauvaises idées ne chassent les bonnes…

[1] comme disait le General De Gaulle il ne faut pas craindre dans ce domaine le vide mais plutôt le trop plein…

[2] on citera à ce propos la célèbre phrase de Detoeuf : « L’intérêt général n’a été vraiment défini que par Pascal. C’est un cercle dont le centre est partout, la circonférence nulle part. »

[3] voir « the game central banks play and how it leads to crisis » de Anjum Hoda

Solvency 2 and the magic behind the 99,5% limit

Choosing a limit for the probability of ruin is not an obvious task and we have no ambition to change here the theoretical and practical choices made by the regulators for Solvency 2.

As you know some pretend that the figure appeared all of a sudden, with no real discussion within the industry. Anyway, the famous 99,5% over a one-year horizon is now heavily embedded in regulation in article 101 of the directive.

But how does the 99,5% reacts when applied to real world or how compatible is this « magic » with reality?

1 the 99,5 %, an economic perspective

The issues in our view don’t lie into the figure itself but what it reveals regarding the conception of the industry in regulators’ eyes: for regulators the disappearance of an insurance company should be as remote as possible, and only under highly stressed situations. This is no wonder, for the main mission of the regulator is to guarantee as safe an industry as possible. Regulators are here to prevent bankruptcy and to guarantee that companies will exist to pay when needed.

Adopting a 99.5% limit is, in the real world, trying to get rid of most potential scenarios of disappearance of companies.

But it is commonly accepted that renewal of companies and destruction of capital is a natural tendency of capitalism. Even if you are not an adept of Schumpeter and of his creative destruction, you may accept that capital renewal is playing a role in the efficiency of capitalism. As stated by Jacques Banville: « Everybody knows that a cent invested in year one of our era would be today a mass of gold covering the entire globe. The assumption is however stupid. What balances it is that a capital is bound to be destroyed several times during 19 centuries »[1].

This is why people with fortunes dating hundreds of years back are so rare. There is a constant renewal of capital through renewal of companies in capitalism. Anti-capitalists even see it as a major source of evils, especially in the social and human field. The critics are always about the human cost involved in this « arbitrage », not really in its association to capitalism.

This cycle of disappearance is a way of getting rid of non-performing assets, permitting a constant and good allocation of capital. This case was illustrated by the destruction of carriages in favour of cars manufacturers.

And we, insurers, are professionals of capital allocation. Oddly enough it is the part of the system that is in charge of the regulation of capital allocation, the financial system, that is prevented from efficient internal capital allocation. And the protection lies in this 99,5% limit.

I think this protection is incredibly costly and in fact impossible to sustain in the longer term.

For those who have any doubt, just take a view at the 2008 crisis and the cost involved to prevent bankruptcies of banks. Billions pumped into the economy with limited success, reduction in the number of banks, reduced competition and last but not least bankruptcies of Nation States.

2 In insurance the attempts to implement solvency 2 are revealing the problems related to the choice of this limit. Let’s explore some:

the regulator itself had to cheat and to invent exceptions so that the scheme fits into reality. The case for OECD sovereign bonds considered as « default risk free » assets is a stunning example! Under solvency 2 Greece bonds are low risk assets…

The quiet acceptance of this incredible idea that government bonds were risk free assets and required no capital charge is in contradiction to any ERM system. However it was a nice way to get rid of a potential problem: by stating that OECD sovereigns were risk free the governments were making it easier to finance their deficit.

The combination of 99,5% and one year horizon has important consequences on the capital charge of equities. The critics made by the industry are in fact the critics of the impossibility to risk significant amount of assets when your balance sheet is supposed to be « as safe as the Bank of England » (if by any chance you think Bank of England is safe). Once you have adopted 99,5% and one year, the capital charge is a mere consequence of calculations based on volatility.

The number of tricks invented to try and make compatible 99,5% and real economy are many and sometimes weird. Liquidity premiums, contra cyclic premiums, and now volatility balancers belong to these.

I suspect, without any proof, that it is the growing conscience of the impossibility to make compatible the 99,5% and the real world that the ORSA is taking such an importance in the current discussions; It is the place where reality meets regulations, as Kafka meet Alice in Wonderland.

[1] « Tout le monde sait qu’un sou placé à intérêts composés depuis l’an premier de notre ère formerait une masse d’or plus grosse que notre globe lui-même. Sur le papier, cette progression arithmétique n’est pas contestable. L’hypothèse est pourtant absurde. Ce qui la corrige, c’est qu’un capital est condamné à être détruit un grand nombre de fois dans le cours de dix-neuf siècles. » J Bainville.