Dans une conférence aux Bermudes, le Commissaire aux assurances du Connecticut, Andrew Mais, a évoqué deux idées importantes et liées, celles des besoins et de l’offre en matière de produits d’assurance retraite :

La première a trait à l’insuffisance de protection en matière de retraite. Si son propos était sans doute centré sur les États Unis, il n’est pas compliqué de l’étendre à l’ensemble des autres pays. En effet les besoins de produits en vue de la retraite sont encore loin d’être couverts par l’offre actuelle. Pour Swiss Re l’insuffisance de financement des besoins de la retraite se monterait au chiffre hallucinant de USD 106 000 milliard (https://www.swissre.com/risk-knowledge/risk-perspectives-blog/retirement-savings-convergence.html) !

Même si on pense ce chiffre très élevé, il témoigne de la réalité du problème évoqué par le Commissaire aux assurances.

Le vieillissement des populations, leur enrichissement, leurs besoins accrus en matière de santé dues aux coûts croissants des prestations, la disparition de l’aide au sein des familles, la progression des dépendances liées au grand âge accroissent automatiquement les revenus nécessaires à la retraite.

Et la croyance que « l’Etat y pourvoira », qui semble l’alpha et l’oméga des idées de nombreux hommes politiques français en la matière, reste évidemment ce qu’elle est… une croyance.

Comme le dit le commissaire Andrew Mais, les gens ont besoin de plus de produits d’assurance vie, ils ont besoin de plus d’assurance retraite (People need more life products. People need more annuities).

Les causes de ce « trou de couverture » sont diverses et combinent comme toujours problèmes de demande et problème d’offre.

Du côté de la demande, l’absence de moyens financiers de certains ménages joue un rôle important.

Du côté de l’offre de produits, c’est sans doute l’horizon court terme imposé par de nombreuses régulations qui limite la capacité des assureurs. Comment offrir des produits de retraite individuels performants quand les calculs de solvabilité privilégie le court terme tant sur les passifs que les actifs ?

En réassurant aux Bermudes, les assureurs ou les fonds de pension ont trouvé un échappatoire à ces régulations « court-termistes ». Les Bermudes et leur régulation permettent plus facilement aux réassureurs et assureurs qui y sont basés d’investir dans des actifs plus risqués et/ou plus longs avec un rendement plus élevé, tout en restant dans un environnement « équivalent » à solvabilité 2 (http://voir mon article https://assureurope.net/2024/08/09/lequivalence-solvabilite-2-est-elle-equivalente/) ou une « reciprocal juridiction » pour la NAIC américaine.

Ce rôle croissant des Bermudes, et dans une moindre mesure des îles Cayman, fait l’objet d’une attention toute particulière des régulateurs britanniques et américains, les plus concernés par ce phénomène. Cette attention centrée sur la solvabilité des réassureurs off shore a été nourrie par les déboires du réassureur 777 Re.

Doit-on en conclure que l’importance des réassurances « off shore » des produits retraite sera amené à diminuer dans les années à venir ?

Sans doute pas, car plusieurs forces se conjuguent pour maintenir le système.

Il y a d’abord et évidemment les assureurs qui, nous l’avons dit plus haut, peuvent par ce moyen augmenter le rendement des produits offerts.

Il y a ensuite les grands fonds d’investissement, souvent présents derrière les réassureurs locaux, qui ont trouvé dans ce schéma de réassurance une nouvelle manière d’accéder à des actifs « longs » à placer.

Il y a enfin les régulateurs américains ou britanniques, qui y voient sans doute un moyen de financer les produits retraite de leur propre marché. Leur attention se porte aujourd’hui sur la solvabilité des entités « off shore ».

On peut donc penser que ces trois acteurs coopéreront pour assurer une relative pérennité de cette réassurance.

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