La nécessaire réinvention de la rente : heurs et malheurs des Variable Annuities.

Pour répondre à une demande des assurés pour plus de garantie de revenus, les assureurs outre Atlantique ont développé la Variable Annuity ou rente variable. A un moment où les français songent sans doute plus à garantir leurs revenus de retraite, quelles idées tirer de l’expérience étatsunienne ?

Et si le contrat en euro était en train de s’étioler[1], non pas seulement victime comme on le prétend souvent, de la chute des rendements, mais aussi du fait de la fin de la phase d’accumulation qui a dominé les années 1970/2005 ? On serait plutot aujourd’hui dans une phase d’utilisation des revenus par des populations qui ont vieilli et qui sont désormais retraitées. Cette phase d’utilisation des revenus trouverait son origine à la fois dans :

  • Le vieillissement de la population qui passe progressivement de l’état d’épargnant à celui de désinvestisseur.
  • La crise financière qui ne permet plus d’appliquer des stratégies où les revenus sont uniquement fondés sur la génération régulière des produits financiers.
  • Le désengagement progressif des états en matière sociale. Les états ou les systèmes de répartition constituent la source principale de rentes dans de nombreux pays, la diminution de leur rôle dans ce domaine pose aux citoyens la question de la garantie de leurs revenus de retraite.

En un mot, la question que posent les assurés n’est plus tant « comment pouvez vous garantir l’accumulation de mon épargne à long terme ? », à laquelle les assureurs avaient apporté une réponse très efficace avec le produit en euro à versement libre, que « comment pouvez vous me garantir des revenus viagers et indexés ? ».

Cette dernière question est posée de manière très insistante aux Etats Unis où les retraites restent largement une affaire privée. Pour essayer d’y répondre les assureurs étatsuniens ont cherché à améliorer la rente traditionnelle, et à répondre au principal reproche qui lui est adressé : la fixité de la rente ou de son indexation. Cette fixité la rend particulièrement sensible à l’inflation, et lui a valu une réputation catastrophique depuis les années 1920, années de « l’euthanasie du rentier ».

C’est pour répondre à ce défaut que les assureurs étatsuniens ont enrichi les Variable Annuities (VA) [2] au cours des années 90. La VA était vue largement comme un produit d’accumulation et la composante de rente (« annuitisation option » ou option de rente à terme) n’était considérée que comme une garantie marginale. A l’heure où la vague des VA aborde (très) timidement la France, quelles idées pouvons nous tirer de l’état actuel des VA aux Etats Unis ?

  • La demande de garanties a été croissante et les assureurs y ont répondu par des offres nombreuses. Ainsi les GMDB (Garanteed Minimum Death Benefit ou garantie plancher en cas de décès) ont été complétées par des GMIB (Garanteed Minimum Income Benefit ou garantie de revenu minimal du contrat) et des GMWB (Garanteed Minimum Withdrawal Benefit ou droit de retrait sur le compte), elles mêmes déclinées en GLWB (Garanteed Life Withdrawal Benefit ou droit de retrait viagers sur le compte), pour ne citer que les principales[3]. Et ces différentes options, vues comme des garanties annexes au démarrage, sont choisies dans une majorité de cas[4]. Aujourd’hui les GMWB/GLWB équipent plus de la moitié des contrats, au point qu’on les appelle VAGMWB ou VAGLWB. La NAIC[5] voudrait que désormais ces contrats soient désignés sous le nom de HIAs (Hybrid Income Annuities) pour ajouter un acronyme supplémentaire et bien rendre compte de leur changement de nature : La garantie annexe est devenue principale.
  • Le développement des VA n’a pas été un « long fleuve tranquille » et les assureurs ont du, à répétition, renforcer et les provisions pour ce produit et les capitaux de solvabilité à apporter en garantie de ces opérations. Certains y voient la conséquence de la baisse des rendements à la suite de la crise financière qui n’a pas permis de couvrir correctement les engagements pris[6]. Pour d’autres, c’est la conséquence d’une impossibilité d’apprécier correctement et de tarifer les garanties consenties. Enfin certains pensent que la garantie ne peut de toute façon pas être fournie à un prix qui serait acceptable pour les assurés, conduisant les assureurs à sous tarifer.
  • Le produit sort de la sphère des solutions individuelles pour atteindre celle des produits collectifs. Les CDA (Contingent Differed Annuities) sont assis sur des contrats de retraite collective (401 (k) par exemple). Ils garantissent la poursuite du versement d’un revenu une fois que l’assuré est à la retraite et que le fonds accumulé a été totalement épuisé. Ce sont des « cousins » en quelque sorte des HIA.
  • La classification juridique de ces produits n’est pas totalement établie pour le moment. Dans un groupe de travail récent consacré aux CDA, la NAIC a abordé de manière plus large la question des HIAs et de leur qualification comme produit d’assurance. La NAIC a conclu pour le moment qu’il ne s’agit pas de simples produits de couverture financière (financial guaranty insurance). Elle a aussi, et de manière plus accessoire, écrit que les règles de provisionnement et de solvabilité de l’ensemble de ces produits devraient être revisitées.

L’exemple étatsunien nous montre la difficulté de répondre à la question de la garantie des revenus viagers (ou de long terme) pour les assurés. Garanties, couvertures, tarifs, définitions, résultats réclament beaucoup d’essais et sans doute d’erreurs. Mais si on fait l’hypothèse que les assurés sont de plus en plus à la recherche d’une rente moderne et indexé, il est possible que le développement de l’assurance vie dans les années à venir soit à ce prix.

[1] Je fais pour ma part le pari que cette décroissance est structurelle et lente et que les « améliorations », à l’image de celle de début d’année 2012, ne sont que des hirondelles qui ne font pas le printemps.

[2] On remarquera que le terme « rente » est tellement mal connoté que les assureurs français préfèrent utiliser le mot anglo-saxon pour désigner le produit.

[3] La description détaillée de toutes les options possibles remplirait, je pense, presque l’intégralité de ce numéro de Courtage News…

[4] Selon une étude Limra sur les ventes du 3è trimestre 2011, 57% des contrats comprennent une garantie GMWB/GLWB.

[5] La National Association of Insurance Commisioners

[6] En février 2012, AXA évalue à 343 Mn la perte opérationnelle sur ces produits au titre de 2011, déficit qu’il attribue au cout élevé des couvertures financières.

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