Pourquoi l’eurocroissance ne marchera pas.

L’industrie de l’assurance vie est dans l’attente des mesures promises par le gouvernement. L’accouchement en paraît laborieux ce qui, pour les uns, est signe que le gouvernement hésite à remettre en cause le régime fiscal du « placement favori des français » ; pour les autres cela n’augure rien de bon, sinon que la « malfaisante fécondité qui préside à l’administration des finances publiques », pour reprendre les mots de Tocqueville, est à nouveau à l’oeuvre.

Parmi les mesures tant attendues ou redoutées figure la mise en place du produit « eurocroissance ». Là encore rien n’est fait et, par les temps qui courent, il ne faut pas trop croire ce que disent les uns et les autres sur le format final du produit.

Ce que nous en voyons pour le moment semble en faire un succédané du produit eurodiversifié dont le succès fut en son temps … à peu près nul.

L’idée du produit est intelligente… pour les assureurs. Elle consiste seulement à reporter la garantie des sommes investies à l’échéance en supprimant toute garantie en cours de contrat. Après avoir placé dans un véhicule non risqué les sommes à même de garantir à terme 100% des sommes investies, l’assureur devient libre de rechercher un rendement maximum sur la partie restante grâce à des placements plus risqués. On comprend que l’idée séduise les assureurs et particulièrement les structures financières dans les compagnies. En un mot c’est « beau comme l’antique » et cela permet de satisfaire la vision cartésienne du monde sans laquelle la France ne serait pas la France.

Mais quel est l’avantage pour les clients et pourquoi diable devraient ils se jeter dans cette aventure ?

L’avantage quasi unique, c’est le sur rendement par rapport aux contrats euros. Mais le sur rendement se prouve et au démarrage, faute d’historique, il faudra se contenter de promesses. Non que les promesses ne puissent séduire, mais leur force est loin de celle des performances continues des contrats euros depuis de nombreuses années.

Par ailleurs, l’eurocroissance souffre du même problème que le contrat euro et de manière tout a fait symétrique :

les taux faibles de rendement des obligations réduisent la rentabilité du contrat euro.

De la même manière, la faiblesse du taux des obligations limite la part « libre » (investissable en actif risqué) du contrat eurocroissance et en conséquence le sur-rendement que l’on en peut espérer. A titre d’exemple,des TME de 2,5% permettraient une part « libre » d’environ 20 % sur un contrat « eurocroissance » à 10 ans (en prenant l’hypothèse d’un taux technique à 80% du TME).

En faisant l’hypothèse (audacieuse) d’un sur rendement à long terme de 300 BP par rapport aux obligations sur cette part on obtient pour 100 euros placés 135 contre 130 dans un contrat en euros (en tenant compte d’une « poche » actions des contrats euros).

L’eurocroissance consiste donc à demander à l’assuré de renoncer à la protection instantanée des sommes investies pour un sur rendement non prouvé et aléatoire de 4% à 10 ans. Pas simple à vendre…

Lefèvre et Mme Berger ne s’y sont eux mêmes pas trompés puisqu’ils ont suggéré des mesures assez dures pour amener les plus gros assurés sur ce dispositif. Ils ont proposé que les sommes au delà de 500.000 euros soient soumises à la fiscalité de droit commun sauf à être investies dans ce nouveau dispositif. On ne pouvait trouver d’aveu plus flagrant de leurs doutes sur le succès spontané du produit.

Que faire alors si l’eurocroissance est, comme je le crois, promis à l’échec ? Comment orienter mieux l’épargne longue vers les produits risqués, problème qui reste entier en France ?

Peut être vaudrait il mieux utiliser des moyens compris des épargnants :

1 ne pas toucher aux caractéristiques des produits existants, ce qui aurait pour effet de rassurer sur la stabilité du système, objet de nombreux doutes aujourd’hui.

2 consentir aux contrats en unités de compte pour leur part risquée une fiscalité réellement incitative à la détention longue : absence de fiscalité au delà de 8 ans à la fois sur les intérêts (IR) et sur le capital (ISF).

Cette solution aurait l’avantage de ne pas perturber l’environnement de l’assurance. On me répondra qu’on n’a ni les moyens ni la volonté de baisser les impôts…mais avons nous les moyens de ne pas investir à long terme ?

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