En combinant innovation et discipline de souscription les réassureurs ne choisissent ils pas la plus risquée des stratégies ?

Nous avions écrit l’an dernier à la même date (Monte Carlo oblige)[1]comment les ILS étaient en train de changer la donne de la réassurance. Au cycle traditionnel des catastrophes se substituait un cycle formé d’une combinaison de catastrophes et de taux financiers.

Un an après la machine fait son œuvre : sans catastrophe majeure (même si des catastrophes mineures et nombreuses ont eu lieu depuis le début de l’année) et faute d’une contraction monétaire (la planche à billet tourne à plein régime), les réassureurs voient leurs marges fondre et le principal d’entre eux, lâche, du haut de ses 30 ans d’expérience : « I am disappointed, exasperated, and even rather appalled by what is happening in the market »[2]

Alors que l’an dernier les sceptiques ne voyaient dans l’ILS qu’un feu de paille, fondé sur la cupidité des investisseurs achetant des produits qu’ils ne connaissaient pas (refrain connu en finance depuis quelques années …), l’ambiance a radicalement changé. Comme on ne peut pas souhaiter publiquement la « bonne » catastrophe qui impacterait de manière significative les « catbonds », on accepte de vivre avec les conséquences de cette nouvelle structure de marché.

La machine à prédiction est donc passée à l’étape suivante : il ne s’agit plus désormais de savoir comment maintenir les marges ou attendre des jours meilleurs, mais plutôt de jouer sa survie. Dans une étude de la semaine PWC s’inquiète tout particulièrement pour les acteurs moyens, trop petits pour être gros, trop gros pour être petits. L’étude prédit une nouvelle vague de consolidation. Le fonds du message contenu dans l’étude peut être résumé de manière simple : « innovate or die ».

Deux leitmotivs ont donc ponctué ce Monte Carlo, deux mots qu’on a un peu de mal à mettre ensemble : innovation et… discipline. Dans le discours des plus gros réassureurs, on trouve les deux en permanence. Innovation, nouveautés, voire audace doivent ouvrir de nouveaux marchés et permettre d’échapper a l’inéluctable diminution des domaines « traditionnels ». Quelques phrases ou discours plus loin il est par contre question de « discipline de souscription ». Et les propos changent alors du tout au tout : il ne saurait être question de céder aux sirènes des prix bas, il est des niveaux en deçà desquels on ira pas, nous sommes prêts à refuser des affaires, il faut préserver des marges minimales car cette fois ci il ne reste plus rien, voilà ce que l’on peut entendre au milieu du cliquetis des verres de champagne…

On peut toutefois se demander comment ces deux cultures pourront réellement cohabiter. La discipline n’est pas la qualité la plus spontanément associée à l’innovation… La cohabitation des deux conduit à la plus risquée des stratégies pour les réassureurs : Sont ils vraiment prêts à réduire leurs parts sur des risques certes peu ou mal margés, mais connus, pour accepter des risques nouveaux et par définition difficiles à apprécier ? A une époque de sur réglementation, il n’est même pas sûr que ces stratégies soient supportables. Ainsi le premier pas du « innovate or die » consistera sans doute à choisir entre « innovate or di(scplin)e ».

[1] Quand le quantitative easing s’invite à Monte Carlo 17/09/2013 Agefi blog

[2] Nikolaus Von Bomhardt CEO Munich Re 13 septembre 2014.

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