L’ajout de crème dans l’assurance vaut il un euro ?

pot-996977_1280Au restaurant à midi j’ai remarqué que les moules frites au vin et à la crème coûtaient 1 euro de plus que les moules frites au vin sans crème. Cette différence m’a plongé dans des océans de doutes : comment être sûr qu’il y a bien pour un euro de crème dans la version crémeuse ? Et sur cet euro de différence, quel est le taux de marge ? Je me suis rendu compte que j’étais bien seul face à ce problème : il n’existe pas une seule obligation légale de décomposition du prix de la moule frite dans ses éléments techniques de base, avec ou sans crème, pour éclairer mes doutes !

Çe que l’on ne fait pas pour la moule frite on le fait pour l’assurance et les régulateurs se posent régulièrement le problème du prix de vente en rapport du prix de revient des garanties. Et comme il n’y a pas de moules, de vin, de patates et d’échalotes dans l’assurance, la question prend une forme un peu différente : quel est le rapport entre les éléments de base de risque du produit et son prix de vente ? Cette question, sous la forme du « Price optimisation », occupe certains régulateurs américains :

Pour tarifer l’assureur utilise traditionnellement des variables liées directement ou indirectement au risque : âge, ancienneté du permis, historique d’accident… ou au moins acceptés comme liés au risque. Mais que se passe-t-il quand l’assureur se met en tête d’inclure une variable comportementale comme « l’élasticité du client à une hausse des prix » ? Dans ce cas la prime pourrait être augmentée en tenant compte de cette plus forte tolérance au prix de l’assuré (hors de toute base « technique »).

En un mot les débats récents sur le « Price optimisation » portent sur la question : peut on tenir compte des comportements d’achat des consommateurs pour déterminer le prix qu’ils doivent payer au delà des seules caractéristiques techniques ?

La réponse est clairement oui dans les autres domaines d’activités : les lignes aériennes, les supermarchés, les compagnies de chemin de fer et même les… moule frites prennent en compte des « modèles » de comportement d’achat pour optimiser les grilles de prix.

L’assurance devrait, selon ces régulateurs[1], ne déterminer ses prix que sur la base du coût de revient. En s’écartant de la tarification « technique », le prix n’est plus le reflet du seul risque et pourrait même conduire, selon eux, à des discriminations.

Il est étonnant au début du 21ème siècle de devoir rappeler que les prix sont déterminés par la confrontation de deux volontés, celle de vendre et celle d’acheter.[2] et dans cette confrontation le prix de revient ne joue guère que le rôle de « plancher » pour le vendeur[3].

Il importe peu au client de savoir les voies qu’a choisies l’assureur pour établir son prix, pas plus que n’a d’importance la part de l’intermédiaire dans cette affaire. Comme pour les moules frites, c’est l’augmentation de la satisfaction du client par l’ajout de crème qui doit guider plus que la justification de l’euro supplémentaire…

[1] Encore font-ils l’impasse sur le problème pratique de l’affectation des coûts aux polices ou des effets de mutualisation.

[2] Il faut bien parler ici de volonté de vendre et de volonté d’acheter, L’économie n’est que l’étude de l’action humaine comme le dit justement Von Mises.

[3] Et encore…

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