L’avenir des prix en réassurance réside dans l’impact d’Irma sur les formes de réassurance non traditionnelles.

Cette année a Monté Carlo on parlait de Irma et Harvey et de leur impact possible sur la réassurance. Les pronostics étaient tout empreints de cette forme d’optimisme pessimiste si particulier à la réassurance au lendemain des catastrophes naturelles. 
Car dans la catastrophe le réassureur mêle (sans oublier bien sûr les souffrances humaines qu’elles entraînent dans leur sillage), le risque de disparition des acteurs (et peut être même de sa propre entreprise trop exposée) et l’espérance d’augmentation des prix que justifie les ouragans.

Dans le passé la probabilité d’augmentation était forte. C’était la base des fameux cycles où le marché « dur » devait succéder au marché « mou », où les pertes passées seraient compensées à l’avenir. 
Mais cette succession de cycles semble avoir disparu ou s’être atténuée depuis quelques années. Car le marché n’est plus homogène… et la catastrophe a désormais des conséquences difficiles à évaluer, l’augmentation des prix post catastrophes n’est plus garantie. Aux quelques badauds avec lesquels nous discourions des conséquences des deux ouragans, je me contentais de répondre avec prudence et componction : « l’ILS vous dis je, l’ILS…. »
Car loin d’être fait d’un seul type d’opérateur le marché de la réassurance combine désormais des réassureurs dit traditionnels et des acteurs « non traditionnels » (1). Ces derniers s’appellent catbonds (pour obligations catastrophes) ou ILS (pour insurance linked security). Si les variations de ces solutions sont infinies on peut les décrire en disant que ce sont des véhicules de placements dont le rendement est lié à un événement assuré (2). 

Et les modes de fonctionnement, les capacités, les investisseurs sont très différents entre les deux types d’opérateurs. Si les deux ont vocation à fournir les capitaux qui garantiront les catastrophes (et si parfois ils opèrent de conserve), leur « modèle d’affaire » divergent.

Alors que le véhicule « non traditionnel » est centré sur un nombre limité d’événements et est peu diversifié, le traditionnel joue plutôt la diversification. Si le « non traditionnel » est souvent collatéralisé, le traditionnel ne l’est pas toujours. Si le « non traditionnel » est paramétrique, le traditionnel l’est moins. Si les investisseurs dans la réassurance s’inscrivent souvent dans le cadre d’une gestion de pères de famille, les acheteurs de « non traditionnels » le font souvent à fin spéculative ou de diversification des risques (3). Ces visions sont certes un peu simplifiées mais les principes sont là (4). 

Même s’ils ont cru rapidement les « non traditionnels » ne représentent qu’une petite partie du capital mis à disposition de la réassurance (15% environ). Cependant par leur logique spécifique ils introduisent un élément particulièrement déstabilisant dans le système des cycles. Denis Kessler en avait eu l’intuition quand il parlait de cycle fragmenté il y a plus de 10 ans (5). 

Aujourd’hui après Harvey et Irma les yeux doivent se tourner vers les « non traditionnels » pour comprendre l’avenir des prix de la réassurance. S’ils étaient lourdement impactés par ces deux événements on pourrait imaginer une séquence vertueuse pour les traditionnels qui éloignerait les investisseurs du « non traditionnel », diminuerait la capacité et permettrait l’augmentation des prix.

Au fil des jours à MC le scénario précédent perdait de la force à la même allure d’ailleurs que Irma. Le cyclone financier qui devait s’abattre sur les ILS redevenait gentiment une tempête tropicale… et les espoirs d’augmentation des prix moins forts.

Le suspense est aujourd’hui entier: la diffusion des pertes dans le système de réassurance (et d’assurance) est un processus complexe qui prend des années, mais les augures parient aujourd’hui sur un faible impact en matière de « non traditionnel ».

Si c’est le cas nous serons réduit à la continuation de la stabilité des prix, à observer ces acteurs « non traditionnels » devenus arbitres du marché et à dire comme les médecins de Molière : « l’ILS vous dis je, l’ILS… »

(1)le marché est évidemment plus complexe mais nous nous limiterons à ces catégories dans cet article. 

(2)on peut aussi dire que ce sont des formes de titrisation des événements d’assurance.
(3) on notera la présence des fonds de pension dans les placements « non traditionnels »
(4)et même si on a dit que les deux univers ne sont pas « étanches » et collaborent souvent. 
(5)La fin du cycle traditionnel en assurance et réassurance de dommages ? D Kessler revue d’économie financière 2005

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