La pandémie, un risque non assurable ? Dans l’état actuel de nos solutions…

On lit ici et là, dans le monde entier les discours de certains assureurs sur le thème « la pandémie n’est pas un risque assurable » en ajoutant comme si comparaison était raison « comme le risque de guerre d’ailleurs ».

On pourrait s’attarder un peu sur le « risque de guerre non assurable », car cette partie de l’assertion semble oublier qu’on assure régulièrement des transports vers des zones instables ou des zones de guerre, avions, bateaux et autres. Elle oublie aussi que des assureurs incluent dans leur police d’assurance vie des couverture de guerre « passive », c’est à dire sans participation active de l’assuré. Elle oublie enfin que nombreuses sont les armées qui sont au monde couvertes dans le cadre d’opérations extérieures dans des situations actives de participation à un conflit.

Cet exemple de couverture des risques de guerre est intéressante en ce qu’elle montre comment peut et doit procéder l’assureur. Il ne s’agit pas de couvrir toute la guerre ou toutes les guerres ou toutes les formes de guerre, mais d’isoler à l’intérieur de la guerre ce qui peut être couvert en prenant des précautions spécifiques.

Avec le temps, l’expérience et les statistiques, l’assureur étend progressivement ses couvertures et répond toujours mieux à ses clients. J’ai toujours pensé qu’un des rôles de l’assureur est de « repousser toujours plus loin les limites de l’assurabilité… ». Un principe que les assureurs ont appliqué avec succès au cours des siècles.

Mesure-t-on bien les efforts d’imagination et d’innovation qu’il a fallu pour assurer les navires de commerce ? Du prêt à la grosse aventure des Génois et des Venitiens du 12ème siècle au Lloyds du 17ème siècle, il a fallu de la persévérance pour assurer les navires. Et on ne l’a pas fait en pensant « les navires ne sont pas assurables », dans un monde où la perte des cargaisons pouvait atteindre des probabilités de près de 30%.

Mesure-t-on bien l’esprit d’aventure des premiers assureurs vie au 17ème siècle en Grande Bretagne se lançant avec l’aide de tables pour le moins primitives ? Ils n’ont pas hésité à assurer l’inassurable de l’époque.

Qui plus est, tous ces innovateurs allaient à l’encontre des représentation admises du monde, comme l’a montré Bernstein dans « Against the Gods, the remarquable story of risk »

Il y a tant d’exemples de risques non assurables devenus assurables que leur liste remplirait cet article, des couvertures des catastrophes naturelles aux progrès en matière de couverture des risques dits aggravés en assurance vie. Et ces innovations ne concernent pas seulement les couvertures, mais aussi les méthodes de financement, des contrats paramétriques aux insurances linked securities. Dans cette dernière catégorie, on pourra même citer les obligations… pandémie de la Banque Mondiale, conçus avec l’aide de Swiss Re et Munich Re.

Qu’on s’entende bien, je ne dis pas ici que le risque pandémique est aujourd’hui couvrable et que je possède la solution miracle. Je dis seulement que l’assureur ne doit employer les termes « non assurables » qu’avec modération. Au minimum doit-il ajouter « dans l’état actuel de nos solutions », et idéalement il devrait dire « mais nous y travaillons activement ».

L’innovation ne consiste pas à assurer l’assurable, mais bien plutôt à trouver les voies d’assurer « l’inassurable » d’aujourd’hui. L’assurance ne consiste seulement en capital de solvabilité requis, règlements en place et rendements des placements. Elle est et sera toujours une aventure au service des clients, une aventure où l’assureur doit aussi « aller hardiment là où personne n’a encore osé aller ».

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