Si le Corona virus pouvait s’attaquer à la « valeur de marché »…

Si le Corona virus pouvait limiter ses ravages aux marchés financiers nous ne pourrions qu’être heureux et s’il pouvait emporter avec lui la fameuse comptabilité en « valeur de marché », nous le serions plus encore.

À cause de la crise déclenchée par le virus, un grand assureur canadien a annoncé il y a quelques semaines qu’il doit passer 1,5 milliard de « pertes » sur son portefeuille d’investissements suite aux mouvements de marché des derniers mois.

Cette somme correspond à peu près aux profits qu’il a déclarés en 2019 au titre des plus values financières.

Qu’on se rassure : les pertes d’aujourd’hui n’existent pas plus que les profits d’hier. Il s’agit seulement de jeux d’écriture, certes dangereux mais pas interdits. Ce n’est que la conséquence de la « brillante idée » de la comptabilité en valeur de marché… Dans laquelle on rapporte allègrement ce qui est avec ce qui sera potentiellement. On mélange dans un grand fatras des plus values réalisées avec des plus values à réaliser, des pertes potentielles et des pertes réelles… Tout cela au nom de la recherche d’une juste valeur.

Or quel est la juste valeur d’une action ou d’une obligation que l’on n’a pas encore vendue et que peut-être on ne vendra jamais? Tant qu’elle reste dans les livres de l’assureur on se moque éperdument de son prix, à dire vrai. Vérité le lundi n’est pas celle du mardi et le corona nous rappelle que les valeurs du 31 décembre n’avait pas grand chose à voir avec celle d’aujourd’hui. La vente sur des marchés perturbés peut conduire à une crise de liquidité où rien ne trouve d’acheteur. Et on ne parlera pas ici des valorisations en mark to model, dernier refuge de la valorisation quand on a vraiment épuisé tous les autres… Vouloir transcrire en permanence les variations de l’actif est une chimère à la fois dangereuse et inutile. On en connait les raisons théoriques, la transcription journalière des variations de valeur dans les comptes afin de permettre à tout instant à l’actionnaire d’entrer et sortir de l’entreprise à sa « valeur réelle ». Sur cette vision hallucinante on s’est livré et on se livre à des débats qui n’ont rien à envier aux querelles théologiques de l’église primitive, de l’arianisme au pelagisme… Chaque siècle ayant les sujets de controverse qu’il peut.

Nos anciens, plus instruits par l’expérience, et consacrant plus de temps aux débats théologiques qu’à ceux comptables, avaient choisi d’en rester à une règle simple et de bon goût : puisque nous n’avons aucune idée du prix actuel de ce que nous avons acheté, restons modeste et contentons nous de comptabiliser au prix d’achat… De toute façon nous connaîtrons bien le prix au moment de la vente, alors pourquoi dépenser du temps et de l’énergie à l’évaluer par avance ? C’est d’ailleurs au seul moment de la vente que le prix a une vraie réalité et doit être transcrit dans les comptes. Cette solution est loin des discours savants auxquels la valeur de marché donne lieu ainsi qu’aux honoraires qu’elle offre à certaines professions. Elle relève plutôt de ce bon sens qui a garanti sa survie à l’humanité au cours des siècles.

Voilà donc un assureur contraint à passer des moins values imaginaires effaçant des plus values non moins imaginaires. Le mot de la fin reste toutefois aux bonnes vieille « piastres » puisque l’assureur n’oublie pas de dire en forme de conclusion que la société est solide car elle dispose de 2,5 milliard en liquide… Comme le disait le « sage d’Omaha » : in God we trust, all other will pay cash…

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