Helvétia et le covid19 : trop forts, les assureurs helvètes…

Un de mes premiers mentors, Jean Claude Moisand, un génie du marketing d’assurance, avait coutume de me dire : « Romain, en matiere de marketing, on ne peut pas battre les Suisses »…

On en a eu une nouvelle illustration cette semaine avec le traitement des sinistres pertes d’exploitation liés au covid19 par Helvetia.

On sait que la question de la couverture des pertes d’exploitations est devenu un sujet d’actualité pour les assureurs dans le cadre de l’épidémie du covid19. Après avoir défendu mordicus que les sinistres n’étaient pas dus, plus d’un assureur a du mettre de l’eau dans son vin en reconnaissant que certaines clauses nexcluaient pas si clairement les conséquences d’une pandémie. Nous avons décrit la bérézina de la communication des assureurs sur le sujet dans deux articles précédents. Et l’affaire n’en est qu’à ses débuts. Partout dans le monde des assurés se groupent, sous la houlette des avocats pour entamer des procès sur la mise en œuvre des garanties en cas d’épidémie. Ces procès vont sans nul doute durer longtemps, entretenant l’incertitude pour les assureurs. Cette situation n’est pas sans préoccuper les régulateurs, et la semaine dernière le FCA, L’autorité de contrôle britannique a évoqué l’idée d’obtenir une prise de position rapide des tribunaux pour lever les ambiguïtés qui pèsent sur la question.

Face à cette situation, l’assureur Helvetia a pris l’initiative. Dans une lettre aux marchés et aux assurés qui peut servir d’exemple à de nombreux « communicants » du secteur, l’assureur explique avoir pris la décision de payer 50% des pertes liées au Corona virus des assurés du secteur de la restauration. Les sommes versées couvriront les pertes du 16 mars au 11 Avril 2020.

La lettre explique qu’Helvetia est convaincue de ne pas devoir ces sinistres, certitude confirmée par la consultation d’un grand cabinet d’avocat. Helvétia est cependant conscient que la reconnaissance de son bon droit prendra sans doute des années. En attendant cette confirmation, les procès risquent d’être longs, complexes, préjudiciables à son image et ils entretiendront l’incertitude des investisseurs sur les résultats de l’assureur.

En contrepartie de cet « ex gratia », Helvetia demande à ses clients d’accepter une nouvelle clause de contrat excluant clairement épidémies et pandémies permettant d’éviter des litiges futurs. Ses contrats maintiennent toutefois la couverture des problèmes d’hygiène (salmonelle…).

On voit bien tous les avantages pour l’assureur de la solution proposée. Elle permet, on l’a déjà dit, de limiter les risques d’image et les frais et aléas liés aux procédures judiciaires. Elle rassure les investisseurs sur les résultats de la société mais aussi les clients pour lesquels elle limite les risques en protégeant la solvabilité de l’assureurs.

Pour le client, on comprend aussi que l’offre est tentante d’avoir une indemnisation rapide au moment où l’argent sera nécessaire pour le redémarrage de l’activité.

Il est évidemment trop tôt pour dire si cette mesure atteindra tous ses objectifs. Mais elle paraît intéressante en ce qu’elle répond de manière pragmatique à un risque qui risque d’empoisonner durablement la vie des assureurs à l’avenir.

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