Les emm… volent ils vraiment toujours en escadrille ?

Chacun connaît bien cette boutade du Président Chirac : « les emm… volent toujours en escadrille ». Pour les assureurs, c’est plus qu’une boutade, c’est une question fondamentale : celle de la corrélation des risques. Si le principe est vrai, alors l’assureur est exposé à la conjonction des situations extrêmes et la diversification ne joue plus le rôle d’amortisseur espéré. Nous en avons d’ailleurs le sujet d’un article au titre bien plus sérieux que celui de cette page : « Correlation crises in insurance and finance, and the need for dynamic risk maps in ORSA »[1].

Mais si ce titre est plus long et en anglais, l’idée est bien la même, les ennuis volent en escadrille et l’histoire récente de l’assurance en est un révélateur.

Qu’on en juge plutôt : dans un enchainement continu, l’assurance a connu ces dernières années des sources multiples et concomitantes de dégradation des résultats.

Le premier exemple qui vient à l’esprit est évidemment celui des catastrophes naturelles. En 2009, la France (et certains de ses voisins) a été touchée par deux évènements majeurs : les tempêtes Klaus et Quinten. Le coût pour les assureurs des deux évènements dépasse largement un milliard et demi d’euros[2]. La poursuite de la série en 2010 avec Xinthya est une mauvaise nouvelle pour les assureurs qui espéraient se « refaire » en 2010 des pertes de 2009. Et s’il n’y avait que ces deux évènements : grêles, inondations, nombreux sont les autres sinistres de moyenne importance qui sont venus ponctuer les années récentes. Au titre des catastrophes naturelles, il ne faut pas oublier non plus le tremblement de terre du Chili au début de l’année dont le poids est lourd pour les réassureurs (on évoque un chiffre de 3 à 8 Md $ de pertes assurées[3]), ce qui ne manquera pas de peser sur le prix des protections.

Et comme si cela ne suffisait pas, l’assurance auto est aussi touchée par une dégradation des résultats. Le mouvement significatif de baisse de sinistralité des années récentes s’est arrêté. Et pour faire bonne mesure la guerre tarifaire, une moindre maitrise des frais généraux chez certains, conséquences des années « fastes » ont aggravé la hausse des ratio combinés.

Et l’escadrille n’est pas encore au complet : il faut y ajouter la crise financière qui, en 2008, a largement entamé les actifs des organismes assureurs. Pertes sur les actions, tensions sur les signatures souveraines ont empêché que le financier « compense » les problèmes liés au technique.

Je n’ai pas parlé jusqu’ici de l’assurance vie, et pourtant elle a aussi subi son lot de problèmes. La collecte actuelle est certes soutenue mais elle est réalisée dans un environnement peu favorable : retour en force des contrats en euros, plus gourmands en fonds propres et aux marges plus serrées que l’assurance en unités de compte, niveau des taux sans risque très bas.

Vous pensez que nous sommes arrivés à la fin de cette description des « anni horribiles » ? Vous oubliez sans doute les clients. Poussés aux économies par la crise financière et favorisés dans la quête du meilleur prix par les comparateurs, ils ne sont pas vraiment des candidats consentants à des augmentation de tarifs tout azimuts.

Le président Chirac a vraiment raison : les emm… volent en escadrille.

Mais par une heureuse symétrie on peut penser, ce qui est très probable, que les évènements favorables voleront eux aussi en escadrille dans les prochaines années.

[1] Correlation crises in insurance and finance, and the need for dynamic risk maps in ORSA Stéphane Loisel, Pierre Arnal, Romain Durand

[2] A elle seule la tempête Klaus est évalué à plus de 1,5 Md d’euros alors que Quinten approche les 200 Mn €.

[3] Source : Eqecat ; 1 mars 2010.

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